La sonde urinaire à demeure est un dispositif courant, mais elle est source de complications fréquentes qui peuvent devenir un cauchemar. La fuite d’urine autour de la sonde est sans doute la plus inconfortable. Le patient est souillé, le lit est mouillé, et paradoxalement, la poche de recueil reste vide.
Contrairement à une idée reçue, une fuite sur sonde urinaire ne signifie pas forcément que le matériel est percé ou qu’il faut changer la sonde pour une plus grosse. C’est souvent le symptôme d’un problème sous-jacent : une obstruction, un mauvais positionnement ou une réaction physiologique de la vessie. Voici comment mener l’enquête.
Les infos à retenir
- 🛑 La cause n°1 : L’obstruction. C’est la priorité. Si la lumière de la sonde est bouchée (caillots), l’urine ne sort plus, la vessie se remplit et finit par déborder par l’urètre, à côté de la sonde.
- ⚡ Les spasmes vésicaux : La vessie lutte contre le corps étranger. Elle se contracte violemment, expulsant l’urine par l’urètre le long de la sonde. C’est douloureux.
- 🎈 Le ballonnet : Un ballonnet sous-gonflé n’assure plus l’étanchéité. Un ballonnet hernieux peut boucher le trou de drainage. Vérifiez toujours le volume d’eau.
- 📏 Attention au diamètre : Ne mettez pas systématiquement une sonde plus grosse. Une grosse sonde irrite davantage l’urètre et aggrave souvent les spasmes.
Étape 1 : Vérifier la perméabilité (Est-ce bouché ?)
C’est la première chose à faire car c’est une urgence. Si l’urine ne coule plus dans la poche mais coule dans les draps, il y a probablement un bouchon.
Commencez par palper le bas-ventre. Si vous sentez une masse dure et douloureuse (globe vésical), la vessie est pleine à craquer. La pression force le sphincter et l’urine passe à côté du tuyau.
Les actions correctives :
- Vérifiez qu’il n’y a pas de coude sur le tuyau collecteur (sous la jambe).
- Tentez de « traire » la tubulure vers le bas pour mobiliser un éventuel caillot.
- Si le protocole le permet, réalisez un rinçage de sonde stérile.
- Si l’obstruction persiste, le changement de sonde est impératif pour éviter le claquage de vessie.
Étape 2 : Analyser les spasmes (La lutte vésicale)
Si la sonde fonctionne (urine dans la poche) MAIS qu’il y a aussi des fuites importantes à côté, souvent accompagnées de douleurs vives par vagues, ce sont des spasmes.
La vessie essaie « d’accoucher » du ballonnet qu’elle considère comme un intrus. Ces contractions chassent l’urine par l’espace résiduel.
Les actions correctives :
- Vérifiez que la sonde n’est pas en traction. Elle doit être fixée à la cuisse avec du mou.
- Parfois, réduire légèrement le volume du ballonnet (passer de 10 ml à 7 ml) diminue la pression sur le trigone vésical et calme les spasmes.
- Si cela persiste, le médecin peut prescrire des antispasmodiques.

Étape 3 : Vérifier le positionnement et le matériel
Des causes mécaniques simples peuvent expliquer les fuites.
- Ballonnet sous-gonflé : Si le ballonnet n’est pas assez rempli, il ne fait pas « bouchon » étanche au fond de la vessie. Il flotte, et l’urine passe sur les côtés. Vérifiez la valve.
- La fausse route : Si la sonde vient d’être posée et qu’elle fuit tout de suite sans jamais avoir donné d’urine franche, elle est peut-être mal placée (dans le vagin chez la femme, ou ballonnet gonflé dans l’urètre chez l’homme). C’est une erreur de pose à corriger immédiatement.
La prévention par le choix du matériel
Les fuites sont souvent dues à des sondes encrassées. Faire boire le patient (1,5L à 2L) permet de diluer les urines et d’assurer un flux continu qui « nettoie » la sonde.
Privilégiez les sondes en 100% Silicone pour les sondages au long cours. Le silicone a une lumière interne plus large que le latex et sa surface lisse retient moins les dépôts calcaires, limitant les bouchons.
Le conseil de l’urologue
« Face à une fuite, le réflexe est souvent de mettre une sonde plus grosse (Charrière 20) ou de sur-gonfler le ballonnet. C’est souvent pire ! Un ballonnet trop gros irrite encore plus la vessie, qui va se contracter davantage. Souvent, repasser à une sonde plus petite (CH 14 ou 16) calme l’inflammation et permet à la muqueuse de mieux ‘mouler’ la sonde, assurant une meilleure étanchéité. »
Une gestion méthodique pour le confort
La fuite urinaire sur sonde est un problème multifactoriel. C’est souvent un signe de souffrance de la vessie ou d’obstruction dangereuse. Une analyse méthodique permet de résoudre 90% des cas sans traumatiser l’urètre du patient avec des changements de sonde inutiles et douloureux.
Foire Aux Questions (FAQ)
💧 Peut-on laver la sonde à l’eau ?
Non, jamais. Tout geste endo-vésical doit être stérile (sérum physiologique). Introduire des germes de l’eau du robinet dans la vessie provoque des infections urinaires graves.
🩹 Faut-il mettre une couche ?
C’est une mesure de confort transitoire pour la literie, mais pas une solution. Laisser un patient sondé macérer dans une protection humide augmente le risque d’escarre sacrée.
🛌 La poche doit-elle être en bas ?
Oui, impérativement. La poche doit être plus basse que la vessie. Si le patient la pose sur son ventre, l’urine ne s’écoule plus par gravité, stagne, et finit par fuir par débordement.







