Schéma dentaire montrant les pourcentages de valeur masticatoire attribués à chaque dent selon le barème de Scheidt

Coefficient de mastication : Calcul, Barème et Impact sur la santé

Lorsque l’on perd une ou plusieurs dents à la suite d’un accident, d’une maladie parodontale ou d’une agression, le préjudice n’est pas seulement esthétique. Il est avant tout fonctionnel. Pour évaluer la perte de capacité à manger correctement, les experts dentaires, les assurances et la Sécurité Sociale utilisent un outil de mesure précis : le coefficient de mastication. Ce pourcentage, souvent méconnu du grand public, est pourtant la clé de voûte pour déterminer un taux d’invalidité ou le montant d’une indemnisation. Mais comment est-il calculé ? Pourquoi une molaire vaut-elle plus qu’une incisive aux yeux de la loi ? Décryptage de ce barème médico-légal.

Les infos à retenir

  • 📊 Le principe : Chaque dent possède une valeur chiffrée selon son importance dans le broyage des aliments. Le total d’une bouche saine est de 100%.
  • 🦷 La hiérarchie : Les molaires (qui écrasent) ont un coefficient beaucoup plus élevé que les incisives (qui coupent). Perdre une molaire est plus grave fonctionnellement.
  • ⚖️ L’usage légal : Ce coefficient est utilisé par les experts pour chiffrer le Déficit Fonctionnel Permanent (DFP) après un traumatisme.
  • 📉 Le seuil critique : En dessous de 50% de coefficient masticatoire, la digestion et l’état nutritionnel général du patient sont gravement menacés.

Le Barème de Scheidt : La référence du calcul

Pour quantifier l’efficacité d’une dentition, les experts utilisent principalement le barème de Scheidt (ou parfois de l’UFSBD). Ce système attribue un coefficient à chaque couple de dents antagonistes. En effet, une dent ne sert à rien si elle n’a pas de dent en face (antagoniste) pour mastiquer.
Le calcul se base sur l’efficacité de broyage :

  • Les Molaires : Ce sont les piliers de la mastication. La première molaire est souvent cotée à 5% ou un coefficient de 5.
  • Les Prémolaires : Elles ont un rôle intermédiaire, cotées souvent à 3% ou coefficient 3.
  • Les Canines et Incisives : Elles servent à la préhension et la coupe, mais peu au broyage. Elles valent souvent 1% ou 2%.

Comment calcule-t-on votre taux ?

L’expert regarde quelles dents sont présentes ET fonctionnelles (c’est-à-dire qu’elles touchent une dent opposée).
Si vous avez une molaire en haut mais pas de molaire en bas en face, le coefficient pour ce couple est de 0. La mastication est impossible à cet endroit. C’est la perte du couple qui entraîne la perte du coefficient.

Tableau des valeurs standards (Barème indicatif)

Voici comment se répartissent les forces dans une bouche complète (sans dents de sagesse) :

Type de dentCoefficient (par couple)Rôle fonctionnel
Première Molaire5 %Broyage principal (puissance maximale)
Deuxième Molaire5 %Broyage complémentaire
Deuxième Prémolaire3 %Écrasement
Première Prémolaire3 %Déchiquetage / Écrasement
Canine2 %Déchirement (guide latéral)
Incisives1 %Coupe (Esthétique dominante)


Les conséquences d’un coefficient faible sur la santé

On pourrait penser que perdre des dents ne gêne que le sourire. C’est faux. Une diminution du coefficient masticatoire a des répercussions systémiques.
Si le coefficient chute (notamment par la perte des molaires), le bol alimentaire n’est pas assez broyé ni insalivé.
L’estomac reçoit des morceaux trop gros. Cela entraîne :

  1. Troubles digestifs : Gastrites, reflux, ballonnements et malabsorption des nutriments.
  2. Carences alimentaires : Les personnes âgées ou édentées évitent les aliments durs (viandes, crudités) et se tournent vers le mou (purée, sucre), créant des carences en protéines et vitamines.
  3. Troubles cognitifs : Des études récentes lient la mastication active à une meilleure oxygénation du cerveau et à la prévention d’Alzheimer.

L’avis de l’expert : Dentiste Expert Judiciaire

« Lors d’une expertise après un accident de la route, l’assureur essaie souvent de minimiser l’indemnisation. Mon rôle est de prouver, grâce au coefficient de mastication, que la perte de deux molaires n’est pas ‘juste deux dents en moins’, mais une amputation de 10% de la capacité fonctionnelle vitale du patient, justifiant le financement d’implants pour restaurer cette fonction. »

Restaurer le coefficient : Le rôle des prothèses

L’objectif de tout traitement dentaire (prothèse amovible, bridge, implant) est de remonter ce coefficient le plus proche possible de 100%.
Cependant, une prothèse amovible (dentier) ne restitue jamais 100% de la force masticatoire (plutôt 30 à 50% selon la stabilité). Seules les prothèses fixées (implants ou bridges) permettent de récupérer un coefficient quasi identique aux dents naturelles.


Foire Aux Questions (FAQ)

🦷 Les dents de sagesse comptent-elles ?

Généralement non. Dans la plupart des barèmes modernes, les dents de sagesse (8èmes dents) sont exclues du calcul car elles sont souvent absentes ou non fonctionnelles chez une grande partie de la population saine.

💯 Peut-on avoir 100% avec des couronnes ?

Oui. Une dent couronnée ou sur pivot, tant qu’elle est solide, indolore et en occlusion avec son antagoniste, compte pour sa valeur pleine dans le calcul du coefficient.

📉 À partir de quel taux est-on invalide ?

Il n’y a pas de seuil unique, cela dépend des organismes (Sécu, Assurances privées). Toutefois, un coefficient inférieur à 30-40% est souvent considéré comme une mutilation majeure entraînant un déficit nutritionnel sévère nécessitant une prise en charge spécifique.

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