Dans les parcs ou à la crèche, les comparaisons entre parents sont inévitables et souvent anxiogènes. « Le mien dit déjà ‘camion’ et ‘gâteau’, et le tien ? » Si votre enfant de 15 mois se mure dans le silence ou se contente de babillages indistincts alors que ses camarades semblent tenir des discours, l’inquiétude monte. Est-ce un retard de développement ? Un trouble du spectre autistique ? Ou simplement un « parleur tardif » qui observe avant de se lancer ? Il est essentiel de dédramatiser : à cet âge, la variabilité est la norme. Cependant, certains signes liés à la compréhension et à la communication non verbale sont plus importants à surveiller que le nombre de mots prononcés.
Les infos à retenir
- 👂 La compréhension avant tout : À 15 mois, ce n’est pas grave s’il ne parle pas, à condition qu’il comprenne les consignes simples (« donne le ballon », « viens ici »).
- 👉 Le pointage : Un enfant qui ne parle pas mais qui pointe du doigt pour montrer ou demander communique normalement. C’est le précurseur indispensable du langage.
- 🧠 Moteur vs Langage : Les bébés ne font pas tout en même temps. S’il a marché tôt ou s’il est très dégourdi physiquement, il a mis le langage en « pause » temporaire.
- ⚕️ Le bilan ORL : Avant de penser « autisme » ou « dysphasie », la première cause de retard est l’audition (otites séreuses). Un contrôle auditif est le premier réflexe à avoir.
Qu’attend-on vraiment à 15 mois ?
Les grilles de développement sont des moyennes statistiques, pas des couperets. À 15 mois, la norme est assez large. Certains enfants disent 2 mots (souvent « papa », « maman »), d’autres en disent 10, et beaucoup jargonnent (le fameux charabia avec intonation).
L’absence de mots intelligibles à cet âge n’est pas pathologique.
Ce qu’il faut observer, c’est l’intention de communiquer. Votre enfant cherche-t-il votre regard ? Vous apporte-t-il ses jouets ? Réagit-il à son prénom ? Utilise-t-il des gestes (au revoir, bravo) ? Si la réponse est oui, la « mécanique » de la communication est en place, le vocabulaire suivra.
Les causes fréquentes du silence
Si le développement global est bon, pourquoi ne parle-t-il pas ?
La cause la plus fréquente et la plus facile à traiter est l’otite séreuse. Il s’agit d’un liquide qui stagne derrière le tympan (sans douleur ni fièvre) et qui assourdit les sons. L’enfant entend comme s’il avait la tête sous l’eau. Il entend que vous parlez, mais il ne distingue pas les phonèmes précis, donc il ne peut pas les reproduire. Un simple examen des tympans chez le pédiatre ou l’ORL permet de poser le diagnostic.
Le syndrome du « marcheur » vs « parleur »
Le cerveau du tout-petit ne peut pas gérer deux acquisitions majeures simultanément de manière intensive. Si votre enfant a focalisé toute son énergie sur la motricité (marche, escalade, manipulation fine), la zone du langage est temporairement moins sollicitée. Souvent, une fois l’aisance motrice acquise, le langage explose d’un coup, c’est le phénomène du « déblocage ».

Quand faut-il s’inquiéter (Drapeaux rouges) ?
Si le silence s’accompagne d’autres signes d’isolement, il faut consulter précocement. Les signes d’alerte à 15-18 mois ne sont pas tant le manque de mots que le manque de relation.
Consultez si :
- Il ne pointe jamais du doigt pour vous montrer quelque chose d’intéressant (attention conjointe).
- Il ne se retourne pas quand on l’appelle (sauf s’il est très concentré).
- Il ne vous regarde pas dans les yeux.
- Il semble ne pas comprendre des ordres simples sans geste d’aide.
- Il a régressé (il disait des mots qu’il ne dit plus).
L’avis de l’expert : Orthophoniste
« Nous ne prenons généralement pas les enfants en rééducation pure à 15 mois, c’est trop tôt. En revanche, nous faisons de la ‘guidance parentale’. Souvent, les parents anticipent tous les besoins de l’enfant. S’il tend la main et reçoit son gâteau, il n’a aucune raison de faire l’effort de dire ‘gâteau’. Je conseille de créer un ‘manque’ bienveillant : faites semblant de ne pas comprendre tout de suite, proposez deux choix, pour l’inciter à vocaliser. »
Comment stimuler le langage au quotidien ?
Pour aider un parleur tardif, le « bain de langage » est essentiel. Commentez tout ce que vous faites (« Je mets tes chaussettes bleues », « On coupe la pomme »). Lisez des histoires en faisant les bruits des animaux, car les onomatopées sont souvent les premiers « mots » accessibles.
Surtout, évitez de lui faire répéter (« Dis merci ! Dis bonjour ! »). La pression bloque l’enfant. Parlez-lui normalement, il emmagasine tout, et un jour, tout ressortira.
Foire Aux Questions (FAQ)
📺 Les écrans retardent-ils le langage ?
Oui, c’est prouvé. Un enfant devant un écran est passif. Il reçoit du flux mais n’interagit pas. Pour apprendre à parler, le cerveau a besoin d’interaction humaine (regard, réaction). Zéro écran avant 2-3 ans est la meilleure thérapie pour le langage.
🏫 L’entrée en crèche va-t-elle aider ?
Souvent, oui. L’effet de groupe et le besoin de se faire comprendre par d’autres adultes que ses parents (qui le comprennent à demi-mot) stimulent la communication. L’imitation des copains joue aussi un rôle moteur.
👅 Peut-il avoir un frein de langue ?
Un frein de langue court (ankyloglossie) gêne surtout l’allaitement et la prononciation de certains sons (R, L), mais il empêche rarement de parler totalement. Cependant, un vérification anatomique simple peut lever le doute.







