La prise en charge de la santé mentale est un parcours personnel qui s’inscrit dans le temps, mais qui n’a pas vocation à être éternel. Après plusieurs mois ou années de consultations régulières au sein du service public, de nombreux patients ressentent le besoin de clore ce chapitre. Que cette décision soit motivée par une guérison ressentie, par l’envie de se tourner vers le secteur libéral ou par un désaccord avec l’équipe soignante, la question de savoir comment quitter le CMP (Centre Médico-Psychologique) génère souvent une appréhension illégitime. La peur de froisser le médecin ou l’ignorance de ses propres droits maintiennent parfois les patients dans un suivi qui ne leur convient plus.
Le système de santé français est pourtant fondé sur le consentement libre et éclairé du patient. Mettre fin à une thérapie ou à un suivi psychiatrique public est une démarche administrativement très simple, mais qui requiert une certaine responsabilité médicale et civique. Arrêter brutalement un traitement médicamenteux ou disparaître sans prévenir le secrétariat peut avoir des conséquences néfastes sur votre santé et sur l’organisation des soins pour les autres usagers.
Ce qu’il faut retenir
- ⚖️ Le principe des soins libres : Dans l’immense majorité des cas, votre présence au CMP est volontaire. Vous avez le droit légal et absolu d’interrompre votre prise en charge à tout moment.
- 🗣️ La consultation de clôture : Il est vivement recommandé d’annoncer votre départ de vive voix à votre psychiatre ou psychologue pour organiser l’arrêt progressif des traitements éventuels.
- 📞 La courtoisie administrative : Les CMP sont saturés. Appeler le secrétariat pour annuler vos rendez-vous futurs permet de libérer des créneaux urgents pour d’autres patients en détresse.
- 🛑 L’exception du programme de soins : Si vous faites l’objet d’une mesure de soins sans consentement (sous contrainte), vous ne pouvez pas quitter le suivi sans l’accord du représentant de l’État.
Le fondement juridique : La liberté de choix thérapeutique
La loi Kouchner du 4 mars 2002 relative aux droits des malades a profondément redéfini la relation entre le corps médical et le patient. L’article L. 1111-4 du Code de la santé publique stipule qu’aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne.
En entrant dans un Centre Médico-Psychologique, vous êtes admis sous le régime des « soins libres ». Vous conservez l’intégralité de vos droits civiques. Vous n’êtes lié par aucun contrat d’engagement. Par conséquent, arrêter son suivi psychiatrique ne nécessite ni justification juridique, ni lettre de démission, ni procédure administrative complexe. Si vous décidez que vous n’avez plus besoin de voir un psychologue, une infirmière ou une assistante sociale du secteur, l’équipe soignante a l’obligation de respecter votre choix, même si le médecin estime que cette interruption est prématurée. Le psychiatre pourra formuler une mise en garde médicale, la noter dans votre dossier, mais il ne pourra en aucun cas vous forcer à revenir dans son bureau.
Les étapes recommandées pour un départ sécurisé
Bien que le départ sans préavis (le « ghosting » thérapeutique) soit légal, il est médicalement dangereux et éthiquement discutable. Le sevrage psychologique et pharmacologique doit s’anticiper. Pour quitter le centre dans les meilleures conditions, un protocole de sortie respectueux doit être appliqué.
Voici la démarche optimale pour mettre fin à votre suivi :
- Ouvrir le dialogue en consultation : Profitez de votre rendez-vous pour exprimer votre souhait de stopper la thérapie. Expliquez vos raisons (sentiment d’aller mieux, déménagement, souhait de changer d’approche). Le thérapeute fera un bilan avec vous.
- Organiser la décroissance médicamenteuse : Si vous êtes sous antidépresseurs, anxiolytiques ou neuroleptiques, un arrêt brutal provoque un syndrome de sevrage sévère (effet rebond). Le psychiatre devra vous rédiger une dernière ordonnance planifiant la diminution progressive des doses sur plusieurs semaines.
- Informer le secrétariat médical : Si vous n’osez pas affronter le médecin, un simple appel téléphonique ou un email adressé à l’accueil du CMP suffit. Demandez l’annulation définitive de tous vos rendez-vous programmés.

Alternatives et poursuite des soins hors secteur public
Quitter le CMP ne signifie pas nécessairement abandonner tout soutien psychologique. De nombreux patients quittent le service public en raison des délais d’attente colossaux entre deux rendez-vous ou d’une incompatibilité relationnelle avec le praticien sectorisé (que l’on ne choisit généralement pas).
Le relais se fait alors vers le secteur libéral. Vous pouvez consulter un psychiatre en cabinet privé (qui reste un médecin remboursé par la Sécurité sociale et la mutuelle, parfois avec dépassement d’honoraires). Si vous souhaitez voir un psychologue libéral, les séances sont à votre charge, bien que le dispositif national « Mon Soutien Psy » permette désormais d’obtenir le remboursement de quelques séances annuelles sur prescription médicale. Lors de votre départ du CMP, n’hésitez pas à demander un compte-rendu de votre prise en charge (une lettre de liaison) à remettre à votre futur médecin généraliste ou à votre nouveau thérapeute libéral pour assurer la continuité de l’historique médical.
Tableau : Comparatif entre le suivi en CMP et le secteur libéral
| Critère de prise en charge | Centre Médico-Psychologique (CMP) | Secteur Libéral (Privé) |
|---|---|---|
| Coût financier | Totalement gratuit (Prise en charge à 100 %). | Avance de frais, reste à charge fréquent (Psychologue). |
| Choix du praticien | Imposé par la sectorisation (code postal). | Libre choix du médecin ou thérapeute. |
| Délais de rendez-vous | Très longs (plusieurs semaines à mois). | Rapides (quelques jours à semaines). |
| Équipe pluridisciplinaire | Présente sur place (infirmiers, assistants sociaux). | Pratique isolée du praticien. |
La recommandation du Médecin Chef de Pôle
« L’interruption volontaire de suivi est un droit absolu, mais ne pas annuler ses rendez-vous est une véritable perte de chance pour les autres. Aujourd’hui, dans la plupart des CMP en France, la liste d’attente pour une première consultation d’évaluation dépasse les six mois. Un créneau de 45 minutes non honoré par un patient qui a décidé de quitter la structure en silence, c’est un créneau perdu pour une personne en détresse aiguë. La politesse d’un simple coup de fil au secrétariat est un geste de solidarité indispensable. »
L’exception légale : Les Soins Psychiatriques Sans Consentement
Il existe un cadre strict où la question de quitter le CMP ne relève plus de votre seule volonté. Il s’agit des patients faisant l’objet d’une mesure de Soins Psychiatriques Sans Consentement (SPSC).
Lorsqu’une personne a été hospitalisée sous contrainte (à la demande d’un tiers ou par décision du représentant de l’État), le psychiatre peut décider que le patient est assez stable pour rentrer chez lui, mais nécessite le maintien d’une contrainte légale : c’est ce qu’on appelle un « Programme de Soins ». Le patient vit chez lui mais a l’obligation légale de se présenter au CMP pour ses injections ou ses entretiens à dates fixes. Si un patient soumis à un programme de soins décide de ne plus se présenter au CMP, le psychiatre constate la rupture du protocole et alerte la préfecture. Cette décision unilatérale entraîne généralement un arrêté de réintégration immédiate en hospitalisation complète (fermée) avec l’intervention des forces de l’ordre.
Foire Aux Questions (FAQ)
🗂️ Puis-je exiger la suppression de mon dossier médical en partant ?
Non, vous ne pouvez pas exiger la destruction physique ou numérique de votre dossier. La loi oblige les établissements de santé publics à conserver les dossiers médicaux pendant une durée minimale de 20 ans à compter de la date de votre dernière consultation. En revanche, vous disposez d’un droit d’accès inaliénable : vous pouvez écrire à la direction de l’hôpital de rattachement du CMP pour demander une copie complète de votre dossier médical afin de le transmettre à un autre spécialiste.
🔄 Puis-je simplement changer de psychiatre au sein du même CMP ?
Oui, si le courant ne passe pas avec le professionnel qui vous a été assigné (le concept d’alliance thérapeutique est fondamental en psychiatrie), vous n’êtes pas obligé de quitter le CMP. Vous pouvez vous adresser au cadre de santé (l’infirmier chef) ou au secrétariat pour demander à être suivi par un autre médecin ou un autre psychologue de la structure. Toutefois, en raison du manque drastique d’effectifs dans la fonction publique, cette réaffectation peut nécessiter un nouveau délai d’attente.
🚨 Le CMP peut-il me forcer à me faire hospitaliser si je décide d’arrêter ?
Non, pas par simple représaille parce que vous quittez les soins. Le psychiatre ne peut déclencher une hospitalisation sans consentement (HDT ou SDRE) que s’il constate, lors de l’annonce de votre départ, que vous présentez un danger grave et immédiat pour vous-même (risque suicidaire imminent) ou pour autrui, et que vos troubles rendent impossible votre consentement. Si vous êtes calme, lucide, mais simplement désireux d’arrêter la thérapie, aucune contrainte ne peut s’appliquer.







