Dans la grande famille des médicaments prescrits pour soulager la douleur et l’inflammation, le Kétoprofène occupe une place de choix. C’est un Anti-Inflammatoire Non Stéroïdien (AINS) puissant, souvent délivré sous deux noms commerciaux qui prêtent à confusion : le Profenid et le Bi-Profenid. Si le principe actif est strictement le même, ces deux médicaments ne se prennent pas de la même façon et ne répondent pas aux mêmes besoins thérapeutiques. La différence entre Profenid et Bi-Profenid réside entièrement dans la technologie galénique du comprimé, c’est-à-dire la manière dont le médicament est libéré dans votre corps. Comprendre cette nuance est vital pour éviter les sous-dosages inefficaces ou les surdosages dangereux.
Les infos à retenir
- 💊 Même molécule, vitesse différente : Tous deux contiennent du Kétoprofène. Le Profenid (souvent 100 mg) est un sprinter qui agit vite mais peu de temps. Le Bi-Profenid (souvent 150 mg) est un marathonien qui agit sur la durée.
- ⚡ La technologie « Bi » : Le préfixe « Bi » signifie Biphasique. Le comprimé contient deux couches : une blanche à libération immédiate pour soulager la douleur tout de suite, et une jaune à libération prolongée pour maintenir l’effet toute la journée.
- 🗓️ La posologie : Le Profenid standard se prend généralement 2 à 3 fois par jour (toutes les 6-8h). Le Bi-Profenid se prend en 1 seule prise (parfois 2), offrant un confort de traitement supérieur.
- ⚠️ Sécurité absolue : Il est strictement interdit d’écraser, de croquer ou de couper un Bi-Profenid. En brisant la structure du comprimé, vous libéreriez toute la dose d’un coup, risquant un surdosage massif.
Le Profenid Classique : L’action immédiate
Le Profenid sous sa forme standard (comprimé pelliculé de 100 mg ou forme injectable) est conçu pour une biodisponibilité rapide. Lorsque vous avalez ce comprimé, il se désagrège rapidement dans l’estomac. Le principe actif passe la barrière intestinale et se retrouve dans le sang en moins d’une heure. On atteint ce qu’on appelle le « pic plasmatique » (la concentration maximale dans le sang) très vite, souvent entre 60 et 90 minutes après la prise.
Cette rapidité en fait le médicament de choix pour les douleurs aiguës et intenses : une crise de colique néphrétique, un traumatisme sportif récent (entorse fraîche), une douleur dentaire post-opératoire ou une crise de goutte. L’objectif est de « casser » la douleur tout de suite.
Cependant, le Kétoprofène a une demi-vie d’élimination courte (environ 2 heures). Cela signifie que l’organisme l’élimine rapidement. Pour rester soulagé, le patient doit donc reprendre un comprimé toutes les 6 à 8 heures, ce qui multiplie les pics de concentration et peut être contraignant.
Le Bi-Profenid : La prouesse technologique « LP »
C’est pour pallier ce défaut de durée que le Bi-Profenid (comprimé sécable de 150 mg) a été inventé. Son nom trahit sa fonction : « Bi » pour deux phases. Si vous observez le comprimé, vous verrez souvent deux couches distinctes ou une structure particulière. C’est un système matriciel intelligent.
La première phase fonctionne comme le Profenid classique : une partie de la dose (la couche à libération immédiate) est libérée dès l’arrivée dans l’estomac. Le patient ressent un soulagement rapide.
La seconde phase est la clé : l’autre partie de la dose est emprisonnée dans une matrice qui résiste aux sucs gastriques. Elle va se déliter très lentement tout au long du transit intestinal. Cela permet de maintenir une concentration de médicament « en plateau » dans le sang pendant 12 à 24 heures.
Cette formulation est idéale pour les pathologies chroniques comme les rhumatismes inflammatoires, l’arthrose douloureuse ou les douleurs lombaires persistantes. Le patient prend son comprimé le matin (ou le soir), et il est couvert pour la journée. Cela améliore considérablement l’observance (le respect du traitement), car il est plus facile de penser à un médicament par jour qu’à trois.

Pourquoi ne faut-il jamais intervertir ?
La confusion entre les deux peut avoir des conséquences.
Si vous prenez du Profenid 100 mg (action courte) une seule fois par jour en pensant être couvert 24h, vous aurez mal dès le début d’après-midi. Le traitement sera inefficace.
À l’inverse, et c’est plus grave, si vous prenez du Bi-Profenid 150 mg (action longue) trois fois par jour comme si c’était du classique, vous allez accumuler des doses massives dans votre sang. Au lieu des 300 mg maximum autorisés, vous monterez à 450 mg avec une libération continue, exposant votre estomac, vos reins et votre cœur à des risques majeurs d’effets indésirables (hémorragie digestive, insuffisance rénale aiguë).
L’avis du pharmacien d’officine
« Il m’arrive souvent de refuser une vente ou de corriger une erreur de patient qui veut ‘juste du Profenid’. Le Bi-Profenid est sécable (on peut le couper en deux pour adapter la dose à 75 mg), mais attention : il est sécable uniquement parce que la matrice est conçue pour. Ce n’est pas le cas de tous les médicaments LP. Par contre, il ne faut jamais le broyer pour le mettre dans une compote, sinon vous détruisez tout l’intérêt de la libération prolongée et vous vous mettez en danger. »
Foire Aux Questions (FAQ)
🤢 Pourquoi doit-on le prendre en mangeant ?
Le Kétoprofène, comme tous les AINS, inhibe les prostaglandines qui protègent la paroi de l’estomac. Le prendre au milieu d’un repas permet de « tapisser » l’estomac et de limiter le contact direct, réduisant (sans l’annuler) le risque de gastrite, de brûlures ou d’ulcère.
☀️ Le gel Ketum est-il pareil ?
Le Ketum est du Kétoprofène en gel pour application locale. Bien qu’il passe peu dans le sang, il est extrêmement réactif au soleil (photosensibilisant). Il ne faut jamais exposer la zone traitée aux UV, même par temps nuageux, sous peine de brûlures graves.
💊 Peut-on associer Profenid et Doliprane ?
Oui, c’est même recommandé en cas de forte douleur. Le Paracétamol (Doliprane) et le Kétoprofène (Profenid) ont des modes d’action différents et complémentaires. En revanche, n’associez jamais Profenid avec de l’Ibuprofène (Advil) ou de l’Aspirine, car cela multiplie les risques hémorragiques.







