La dissociation pouls-température, aussi appelée signe de Faget, désigne une situation où le pouls n’augmente pas proportionnellement à la fièvre. Normalement, chaque degré de température supplémentaire s’accompagne d’une accélération du pouls d’environ dix battements par minute, c’est la règle de Liebermeister. Quand ce lien se rompt, qu’un patient reste fébrile à 39 ou 40°C avec un pouls relativement lent, presque normal, on parle de bradycardie relative ou de dissociation pouls-température.
Ce signe oriente vers un nombre limité de maladies, au premier rang desquelles la fièvre typhoïde, mais aussi la brucellose, la légionellose, la leptospirose, la dengue ou encore la fièvre jaune, à l’origine historique de sa description par le médecin Jean-Charles Faget en 1859. Pour l’infirmier ou l’infirmière qui prend les constantes, repérer cette discordance est un élément clinique précieux à signaler au médecin, car il oriente le diagnostic étiologique et peut accélérer la mise en route d’un traitement adapté.
Ce qu’il faut retenir
- ❤️ Une bradycardie relative paradoxale : le pouls reste stable ou ralenti alors que la température corporelle grimpe à des niveaux fébriles élevés.
- 🌡️ Le démenti de la règle de Liebermeister : le cœur n’accélère pas de ses 10 à 15 pulsations habituelles par degré de fièvre supplémentaire.
- 🦠 Une signature classique d’infections intracellulaires : ce signe oriente d’emblée vers la légionellose, la typhoïde, la chlamydia ou la fièvre jaune.
- 💊 Le piège des traitements bêtabloquants : certains médicaments cardiovasculaires bloquent artificiellement la tachycardie physiologique lors d’une infection banale.
Comment fonctionne la relation normale entre la fièvre et le rythme cardiaque ?
En physiologie humaine, la thermorégulation et l’activité hémodynamique sont intimement liées par l’intermédiaire du système nerveux autonome. Dès que le centre thermorégulateur de l’hypothalamus commande une hausse thermique pour détruire des agents pathogènes, les besoins cellulaires en oxygène augmentent de près de 10 % par degré gagné.
Pour répondre à cette demande énergétique et évacuer l’excès de chaleur par la vasodilatation cutanée, le système nerveux sympathique libère des catécholamines qui stimulent directement le nœud sinusal du cœur. C’est la règle de Liebermeister : un patient avec 39,5 °C de température présente naturellement un pouls rapide compris entre 100 et 120 battements par minute. Dès lors que cette adaptation physiologique est rompue et que le rythme cardiaque refuse d’accélérer malgré un tableau fébrile sévère, les cliniciens parlent de dissociation thermo-circulatoire ou de bradycardie relative, révélant une interférence biologique inhabituelle.

Quelles sont les causes infectieuses majeures du signe de Faget ?
Découvert au XIXe siècle par le médecin franco-américain Jean-Charles Faget lors de l’étude de la fièvre jaune à La Nouvelle-Orléans, ce signe clinique est historiquement associé à des germes capables d’échapper aux défenses sanguines en colonisant l’intérieur même des cellules de l’hôte.
Trois grandes familles d’agents pathogènes provoquent régulièrement cette dissociation :
- Les infections à bactéries intracellulaires respiratoires (Légionellose et psittacose) : la bactérie Legionella pneumophila provoque des pneumonies graves avec fièvre à 40 °C, toux sèche, confusion mentale et un pouls paradoxalement calme.
- La fièvre typhoïde et paratyphoïde (Salmonella enterica) : transmise par de l’eau souillée lors de voyages, elle se caractérise par des céphalées intenses, un état de torpeur (tuphos), des douleurs abdominales et un pouls dicrote très dissocié.
- Les arboviroses tropicales hémorragiques (Fièvre jaune et dengue) : le virus de la fièvre jaune altère la commande cardiaque autonome dès le passage à la phase toxique ictérique de la maladie.
L’observation d’un signe de Faget chez un patient fébrile de retour d’une zone d’endémie permet souvent d’orienter les examens bactériologiques et sérologiques bien avant la réception des résultats de laboratoire.
Le rappel d’un médecin infectiologue
« Devant un patient qui arrive aux urgences avec une pneumonie sévère et 40 °C de fièvre, si son pouls est à 72 battements par minute, je ne pense pas à un pneumocoque standard. Mon premier réflexe est de demander immédiatement une recherche d’antigènes solubles de légionelle dans les urines. Ce simple décalage clinique permet d’introduire le bon antibiotique macrolide sans perdre de temps. »
Quels mécanismes biologiques expliquent le ralentissement du pouls sous la fièvre ?
La présence simultanée d’une hyperthermie et d’un pouls ralenti n’est pas le fruit du hasard ; elle résulte d’agressions ciblées sur le tissu conducteur cardiaque ou le tonus neurologique.
| Mécanisme biologique identifié | Mode d’action sur le système cardiaque | Pathologies ou contextes associés |
|---|---|---|
| Action directe de toxines bactériennes | Certaines endotoxines bloquent les récepteurs adrénergiques du nœud sinusal ou freinent la conduction auriculoventriculaire. | Salmonellose grave, légionellose pulmonaire, brucellose aiguë. |
| Hypertonie vagale réflexe (Nerf vague) | Une stimulation excessive du nerf vague freine le nœud sinusal pour contrer la réponse sympathique de l’inflammation. | Fièvres entériques et affections péritonéales subaiguës. |
| Infiltration myocardique ou myocardite focale | Atteinte inflammatoire locale des voies de conduction électrique du cœur par des spirochètes ou des virus. | Maladie de Lyme (bloc auriculoventriculaire de Lyme), leptospirose ictéro-hémorragique. |
| Interférence médicamenteuse préexistante | Le traitement de fond empêche mécaniquement le cœur d’accélérer malgré l’élévation thermique. | Patients sous bêtabloquants, inhibiteurs calciques bradycardisants ou amiodarone. |
Identifier si la dissociation est d’origine médicamenteuse ou directement liée au microbe permet d’adapter la surveillance en réanimation sans commettre d’erreur de jugement.

Quelles causes non infectieuses et médicamenteuses peuvent mimer ce symptôme ?
Toute dissociation pouls-température ne relève pas d’une maladie tropicale ou d’une infection bactérienne rare. Les praticiens hospitaliers doivent systématiquement éliminer des pièges iatrogènes ou métaboliques très fréquents.
Le cas le plus banal concerne les patients âgés ou cardiaques traités par des médicaments bêtabloquants (bisoprolol, métoprolol, aténolol) ou par de la digoxine : ces molécules brident la cadence du cœur. Lorsqu’une infection urinaire ou une grippe survient avec 39 °C de fièvre, le cœur ne peut pas dépasser 70 battements par minute, créant une fausse dissociation pouls-température purement artificielle. D’autres causes incluent des pathologies inflammatoires de système comme la maladie de Still de l’adulte, les lymphomes fébriles, ou encore des fièvres médicamenteuses d’origine allergique provoquées par certains antibiotiques ou anticonvulsivants, où la courbe thermique se découple totalement du rythme cardiaque.
Comment le médecin mène-t-il les examens face à une bradycardie relative fébrile ?
Dès lors que le constat de la dissociation est posé sur la feuille de température de l’infirmière, le bilan médical doit être rapide et méthodique.
Le praticien réalise immédiatement un électrocardiogramme (ECG) complet 12 dérivations pour s’assurer que le ralentissement du cœur n’est pas causé par un bloc auriculoventriculaire (BAV) aigu compliquant une endocardite ou une maladie de Lyme. Le bilan se poursuit par des hémocultures répétées lors des pics fébriles pour isoler des bactéries circulantes, une radiographie ou un scanner thoracique à la recherche d’un foyer pulmonaire de légionelle, un antigène urinaire légionelle et pneumocoque, ainsi que des sérologies virales adaptées aux voyages récents. Ce faisceau d’indices cliniques permet de débuter une antibiothérapie ciblée sans attendre la dégradation de l’état général du patient.
Foire Aux Questions (FAQ)
🌡️ Quelle est la valeur normale du pouls lors d’une fièvre à 39 °C ?
Chez un adulte en bonne santé ne prenant aucun traitement cardiaque, la fréquence cardiaque normale à 39 °C se situe généralement entre 100 et 115 battements par minute. Un rythme restant sous la barre des 80 battements par minute dans ces conditions est considéré comme une bradycardie relative.
🩺 Pourquoi le signe de Faget porte-t-il ce nom historique ?
Il rend hommage au Dr Jean-Charles Faget, médecin originaire de Louisiane qui a décrit précisément en 1859 ce décalage entre la montée du thermomètre et le ralentissement du pouls chez les malades atteints de fièvre jaune, permettant de distinguer cette épidémie du paludisme.
💊 Faut-il stopper ses médicaments pour le cœur si l’on a de la fièvre ?
Non, ne modifiez jamais vos doses sans avis médical. Si vos bêtabloquants maintiennent votre pouls bas pendant une grippe, seul votre médecin traitant peut décider d’ajuster temporairement la posologie pour éviter une baisse de tension excessive liée à la déshydratation causée par la sueur.







